Le cuir. Ou plutôt les cuirs ! Explications d’une maroquinière…

Le cuir est un matériau noble et vivant. Votre SAC, vos chaussures, vos accessoires en cuir vous accompagneront longtemps pour peu que vous leur prodiguiez des soins réguliers et surtout adaptés à la spécificité de leur qualité ! Car il y a, en effet, de nombreuses variétés de cuirs !

Dans cet article, je vais essayer de vous aider à identifier le cuir de vos accessoires. Car si le vendeur de votre sac à main ou de vos chaussures ne vous a pas informée, il convient de définir avec précision la nature, le tannage et les traitements du cuir en question. Comment pourriez-vous l’entretenir correctement sinon ?

En matière de qualités de cuirs, voici ce que l’on rencontre le plus fréquemment (et la liste n’est pas exhaustive) :

- Le cuir d’agneau, qui est une peau fine et lisse. C’est une peau fragile, surtout utilisée en habillement, ganterie et PETITE MAROQUINERIE.

- Le cuir de mouton : plus épais et résistant que le précédent, marqué par un grain plus apparent, moins cher aussi, il est souvent utilisé en habillement, doublure de rabats de sacs, en doublure de COLLIER POUR CHIEN car il est très doux.

- Le cuir de chèvre : une épaisseur entre l’agneau et le mouton, avec plus de tenue et de robustesse. Surtout utilisé en prêt-à-porter (blousons) et incrustations fantaisie sur les sacs.

- Le cuir de vachette : c’est le cuir le plus utilisé pour les SACS À MAIN parce qu’il a une peau moyennement épaisse, résistante quoique souple, qui se patine avec le temps. C’est également mon cuir préféré et celui le plus utilisé à l’ATELIER DU PERROQUET parce qu’il est un déchet (noble) de l’alimentation humaine. Le détruire et ne pas l’utiliser, serait, à mes yeux, un non-respect du sacrifice de cet animal.

- Le cuir de veau appelé aussi Box calf : c’est un cuir noble, plus fin que la vachette, lisse, souple et délicat. Cuir préféré des sacs et chaussures de luxe.

- Les cuirs de buffle et de taurillon : plus épais et souvent plus grainé que la vachette. Souple mais solide.

- Le cuir de porc : cuir raide, poreux, très résistant, bon marché. Souvent utilisé en doublure (en épaisseur fine) ou pour rigidifier certaines parties invisibles des sacs (en pleine épaisseur).

- Le cuir de cerf : rassurez-vous, vous n’en trouverez pas à l’atelier ! C’est un cuir surtout utilisé en ganterie…

- Les cuirs exotiques parmi lesquels : le Pécari (cochon sauvage d’Amérique du Sud, animal en voie de disparition, heureusement son grain est souvent imité mécaniquement sur des peaux de vachette aujourd’hui), le Galuchat, le cuir de Tilapia (peau de poisson qui fait son grand retour actuellement. Encore une formidable façon de consommer les « déchets » de l’alimentation), le cuir de reptiles (croco, alligators, pythons…).

Les solutions choisies pour le tannage influencent aussi l’entretien qui sera à donner au cuir !

Le tannage est l’opération indispensable pour rendre la peau imputrescible et la transformer avant le traitement.

Il existe deux formes de tannage :

Le tannage végétal 

Il consiste à plonger les peaux dans un mélange d’eau et de végétaux (quebracho, pin, saule, bouleau, mimosa, écorces de chêne, sumac, bruyère…). Selon les végétaux, on obtient des cuirs différents : souples, lourds, raides, et de coloris plus ou moins foncés. Cette méthode de tannage est de loin la plus ancienne puisqu’elle a été découverte, semble t-il, 10 000 ans avant notre ère ! 

Le tannage végétal produit souvent des cuirs assez épais et raides, qui nécessitent souvent une couture à la main. Les gammes de coloris sont assez limitées. C’est un cuir cher car sa durée de tannage est longue et laborieuse.

Ce tannage végétal est très prisé aujourd’hui pour son côté écologique… Malheureusement, au risque de vous décevoir, je dois vous dire que le tannage végétal n’est plus de nos jours à 100% naturel ! Il "bénéficie" de solutions chimiques qui améliorent le temps et l’efficacité du tannage… Il est également important, voire capital de dire que le tannage végétal entraîne un abattage massif d’arbres et d’essences diverses, qui sont ensuite traités pour en extraire les tanins. Avec, à la clef, une forte pollution ! C’est déjà nettement moins écologique n’est-ce pas ?

Je reviens, une fois de plus, sur la confusion entretenue volontairement par la mouvance Vegan : un cuir à tannage végétal est bien un cuir animal tannée végétalement ! Et non un cuir végétal (issu de l’ananas ou du champignon) ou pire un cuir Vegan (qui n’est le plus souvent que du plastique issu, comme chacun sait, du pétrole !). Ces deux dernières qualités ne devraient d’ailleurs pas avoir le droit d’utiliser le mot « cuir ».

Le tannage minéral

Il consiste à immerger les peaux dans une solution contenant des tanins minéraux : sels de chrome, sels de fer ou de zirconium. C’est une méthode de tannage très rapide, qui produit des cuirs souples et d’une grande résistance, en quelques heures ou quelques jours.

Cette méthode de tannage offre la plus grande variété de coloris ! Et aussi les cuirs les plus souples. D’ailleurs, c’est la méthode de tannage la plus utilisée aujourd’hui : 85% des peaux sont tannées de cette manière.

Un procédé qui coûte toutefois de plus en plus cher (et cela se reporte sur le prix de la matière première !) car il doit se conformer à des normes environnementales de plus en plus strictes. Ce qui est une bonne chose par ailleurs !

Différents traitements pour différents cuirs !

- Le cuir pleine fleur : cuir de haute qualité, comprenant la surface originelle et noble de la peau.

- Le cuir pleine fleur aniline : c’est un cuir le plus naturel possible, avec très peu de défauts, dont on a conservé l’entière épaisseur. Une solution résineuse y est simplement appliquée en pellicule de protection. Ceci rend le cuir imperméable et très résistant.

- Le cuir pleine fleur pigmentée : épaisseur conservée dans son intégralité, quelques défauts masqués par une finition plus opaque et à épaisseur variable selon le cuir. Cuir très facile d’entretien et quasiment inaltérable !

- La croûte de cuir : c’est la zone inférieure de la peau, la moins chère, qui est entre autres utilisée pour la fabrication de la suède.

- Le cuir corroyé : cuir immergé dans de l’eau, puis foulé et huilé. C’est un cuir souple et très imperméable.

- Le nubuck : c’est un cuir massif, dont la pellicule a été légèrement grattée pour lui donner un aspect mat et velouté.

- La suède (appelée faussement « daim ») : à ne pas confondre avec le nubuck ! Ici, le cuir a été gratté côté croûte pour prendre l’aspect du nubuck tout en étant meilleur marché.

- Le cuir vieilli : c’est un cuir foulonné (traité dans un foulon) pour obtenir une finition vintage.

- Le cuir plongé : entièrement immergé dans une teinture, c’est un cuir teinté dans la masse.

- Le cuir gras : comme son nom l’indique, c’est un cuir qui a été entièrement immergé dans l’huile. Ce traitement confère au cuir imperméabilité, souplesse et robustesse. 

- Le crust : c’est un cuir sans aucune finition, naturel.

- Le cuir nappa : un cuir fin, hyper souple, lisse et sans grain.

- Le cuir double face ou peau lainée : un cuir de mouton, d’agneau ou de chèvre dont la fourrure est conservée.

Alors, avez-vous pu ainsi identifier le cuir de votre sac préféré ? Pour en savoir encore plus, je vous invite à en découvrir un peu plus sur cet EXCELLENT ARTICLE du conseil national du cuir !

Dans un prochain article, je vous révèlerai les meilleures techniques d’entretien pour vos cuirs, en fonction de leur nature !